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Les Chemins de la Citoyenneté

La citoyenneté ? Qu’est-ce qu’être citoyen ?
Cette contribution propose une synthèse des réflexions menées par la Commission « Les Chemins de la Citoyenneté » de la Métropole Rouen Normandie et l’association Territoire pour l’UNESCO Métropole Rouen Normandie.

 

Les événements de janvier, assassinats de Charlie Hebdo et de l’hyper casher, ont suscité de nombreuses réflexions et analyses. Passé l’émotion, passé l’extraordinaire élan qui a mobilisé des millions de citoyens pour dire notre attachement à la liberté d’expression, la question est de savoir ce qui reste de ces moments si forts. Et il est apparu que nos concitoyens, pour le dire de façon un peu provocatrice, aiment peut-être plus la République que la démocratie. Paradoxe étonnant puisque le fondement de la République est la démocratie. Avant de s’interroger sur la manière d’être citoyen dans une démocratie, il convient de s’interroger sur ce qu’est la citoyenneté. Qu’est-ce qui fait que l’on est citoyen ?

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Trois niveaux de réponses peuvent être retenus.

• Le premier est juridique. Pour être citoyen, il faut avoir la nationalité française. Ce qui confère des droits civils (égalité devant la loi, devant la justice…), des droits politiques (droit de vote, d’être candidat aux élections…) et des droits sociaux (droit à l’éducation, à la Sécurité Sociale…). Cette citoyenneté confère aussi des obligations (respecter la loi, payer ses impôts, participer à la défense du pays…). Cette définition de la citoyenneté a pour contrepartie d’exclure des droits politiques ceux qui n’ont pas la nationalité française parce qu’ils ne sont que de simples résidents. Et il ne faut pas seulement penser dans ce cas aux immigrés, mais aussi, dans notre territoire qui a un puissant pôle universitaire,  à tous ces étudiants étrangers venus pour quelques années, et auxquels cette définition ne permet pas d’être citoyens de la Métropole Rouen Normandie.

• Un deuxième niveau de lecture correspond au lien entre citoyenneté et exercice du droit de vote. Scrutin après scrutin, les élections nous livrent  la mesure d’une abstention massive, le dénombrement de ceux qui, selon cette définition, ne se sentent pas citoyens. Un électeur sur deux ne s’est pas exprimé le mois dernier. Pourquoi ? Les analyses ne manquent pas : crise de la politique, crise de la démocratie représentative, sentiment que les élections ne servent à rien, système à bout de souffle… Les raisons de cette panne de la démocratie, qui alimente des appétits bien inquiétants, dépassent largement le cadre de cette contribution.

• Le troisième niveau ramène à la définition du mot citoyen : celui qui habite la cité. Et, en toute liberté, un citoyen peut choisir de participer à la vie de son territoire ou d’en être un citoyen passif. Des citoyens actifs ? Ils sont des milliers ! Ce sont les élus bien sûr, mais également toutes ces personnes qui donnent de leur temps, de leur savoir-faire, de leur intelligence pour prendre en charge des segments de la vie sociale. Ils se rassemblent dans ces centaines d’associations qui quadrillent notre territoire. Ces associations sont sportives, culturelles, humanitaires, d’éducation populaire, de loisirs, de défense du patrimoine… Elles concrétisent de grands idéaux ou des intérêts plus ponctuels. Elles constituent une formidable introduction à la vie sociale, à la vie de la cité, à la citoyenneté, une richesse considérable pour notre territoire. La vie associative n’est pas une compétence de la Métropole. Notre collectivité peut toutefois faciliter leur expression, par exemple en leur offrant des lieux publics pour se faire connaître, se rencontrer, échanger leurs expériences, mutualiser leurs moyens. Cela se fait déjà, et peut être encore  amplifié, dans le cadre des manifestations liées aux journées internationales des « Chemins de la Citoyenneté ». C’est aussi ce qu’essaie de faire l’association « Territoire pour l’UNESCO Métropole Rouen Normandie » en valorisant les initiatives porteuses des valeurs de l’UNESCO.

Être citoyen, c’est aussi être reconnu comme membre de la cité. C’est alors à ceux qui sont en charge de la collectivité d’aller vers eux, de les écouter, de leur proposer de faire connaître leurs besoins, leur point de vue. C’est cette démocratie consultative, participative que mettent en oeuvre, selon des formes différentes, correspondant à leur objet, le SCOT, le Parc naturel des Bruyères, le raccordement sud du Pont Flaubert ou la concertation de la future ligne T4. Ainsi les « Chemins de la Citoyenneté » traversent et concernent la plupart des initiatives de la Métropole.

 

Ces appels à la participation rencontrent des fortunes diverses, des succès variés. Ce constat et la volonté de faire des propositions concrètes ont conduit notre commission, pour tenter de répondre à la question « Qu’est-ce qu’être citoyen ? » à la renverser en se demandant « Pourquoi n’est-on pas citoyen ? « .

• Premier constat : on ne peut pas être citoyen d’un territoire si on ne connait pas l’institution qui le dirige, ses compétences et ce qu’elle fait. Notre proposition consiste à faciliter l’accès à l’information qui émane de l’institution en essayant, sur des sujets parfois techniques, de simplifier celle que l’on trouve dans le Mag, sur le site internet et, sur le support particulièrement efficace des écrans des transports en commun. Simplifier la communication, par exemple, en utilisant des visuels (BD, vidéos) et en essayant de répondre à la question : « En quoi cela vous concerne-t-il ? »

• On ne peut pas être citoyen si on ne connait pas le territoire dans lequel on vit, si on ne connait pas ses réalisations. Une inauguration, une manifestation pourraient être des occasions d’inviter un public habituellement éloigné des sujets métropolitains, des personnes parfois classées comme « défavorisées », toujours à l’écart de ces manifestations. Outre la connaissance de la Métropole Rouen Normandie qu’elle permettrait d’acquérir, cette mixité éviterait l’entre-soi qu’on retrouve souvent dans les inaugurations et réduirait la distance entre les « insiders » et ceux qui se sentent exclus de la vie de la cité.

• On peut ne pas être citoyen ou renoncer à être un citoyen actif lorsqu’on s’interroge sur le sens de l’action de son territoire, sur le sens de ses projets. Si l’ambition économique est le plus souvent mise en avant, la plus-value en terme de citoyenneté, de vivre ensemble n’est jamais évoquée. Une réflexion sur ce qu’un projet apporte dans ces domaines, sorte de clause de citoyenneté, pourrait être introduite dans chaque projet métropolitain, et pourquoi pas communal. D’autre part, de multiples initiatives citoyennes existent sur notre territoire. Elles sont souvent méconnues. Le label « Chemin de la Citoyenneté » leur offre une valorisation. Nous proposons, pour faire émerger d’autres initiatives, de transposer le dispositif Créa’ctifs qui donne de très bons résultats pour des projets économiques, au domaine de la citoyenneté.

• On peut ne pas être citoyen ou être difficilement un citoyen actif si on ne sait pas, si on n’ose pas ou si l’on n’a pas les occasions de s’exprimer. Notre dernière proposition est la plus ambitieuse, mais aussi la moins aboutie. L’idée qui vient spontanément est celle d’une maison de la citoyenneté, un peu comme les maisons de la forêt créées par la Métropole. Mais si celles-ci se justifient parce qu’elles doivent être localisées dans la forêt, la citoyenneté, elle, ne réside pas un endroit particulier, dans une sorte de saint des saints. La maison de la citoyenneté devrait alors être itinérante, sorte de minibus de la démocratie, se déplaçant dans les communes au gré des événements. Mais celà suppose que les habitants au-devant desquels irait cette navette se rendent à ses rendez-vous. Plus efficace – et moins onéreux- pourrait être d’utiliser les lieux de rencontre et les dispositifs existants que constituent les animations culturelles, les centres de loisirs, les associations, les animations périscolaires. Pas seulement pour informer, mais aussi pour écouter, pour voir, pour relever tous les signaux qui doivent interpeller ceux qui ont en charge la vie de la collectivité. Au XXIe siècle, cet échange, ce partage d’informations, ne se fait pas seulement par des rencontres réelles mais de plus en plus dans le monde virtuel. On pourrait imaginer une Web Radio, interactive. Toujours dans le monde virtuel, les réseaux sociaux sont devenus un vecteur de communication essentiel, le plus souvent utilisé par les élus à titre personnel. La Métropole doit se poser la question de sa présence sur ces réseaux, en tant qu’institution.

 

Toutes les facettes de cette plateforme de la citoyenneté favoriseront la participation à la vie de la cité si l’information n’y est pas que descendante, mais à double sens. Elle permettrait, par exemple, de solliciter les habitants en leur disant : « Voilà le problème que l’on a identifié ; que proposez-vous pour le résoudre ? ». Et ainsi de parier sur l’ingéniosité de la société civile, d’ajouter à la liste des différents qualificatifs de la démocratie,  élective, consultative, participative, co-constructiviste… une nouvelle forme -je ne suis pas certain que le mot existe- « propositive ».

Ces propositions sont inspirées par la conviction que la citoyenneté n’est pas un but où l’on arrive comme à une destination et qui permettrait de passer à autre chose une fois l’objectif atteint. L’énoncé, « Les Chemins de la Citoyenneté » dit bien qu’il s’agit de routes, ou plutôt de sentiers, probablement sinueux, escarpés, incertains, sur lesquels il nous faut progresser pour contribuer à faire de notre collectivité une Métropole de citoyens.